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Ce lundi 12 mai 2008 ramène le 24e anniversaire de la mort de Maurice Sixto, et le 23 ramera son 89e anniversaire de naissance. De passage en Haïti le mois dernier à l'occasion de ce double anniversaire, Marie-Thérèse Torchon Sixto, veuve du conteur, a participé à l'émission «Métissage » diffusée sur « Magik 9 » le samedi 17 mai à 5 heures p.m., et reprise le dimanche 18 mai à 11 heures a.m. Dans cette émission, elle a déclaré avoir été les yeux et la force de Sixto. Interview.
Haïti: Le Nouvelliste: Marie Thérèse Torchon Sixto, vous êtes en Haïti depuis environ un mois. Dans quel contexte se situe cette visite ?
Marie Thérèse Torchon Sixto: Le mois de mai ramène à la fois l'anniversaire de naissance et celui de la mort de Maurice Sixto. C'est pourquoi je me suis fait le devoir de venir renforcer les activités de la Fondation Maurice Sixto. L'équipe de la Fondation aime tellement ce qu'elle fait, elle aime tellement Sixto, que je me ferais un tort de ne pas participer aux préliminaires des activités qu'elle organise pour marquer le double anniversaire de Maurice. Alors, me voici en Haïti. Et je dis : « bonjour la société », comme aurait dit Maurice.
L.N: Bienvenue en Haïti, madame Sixto. Quelles sont les principales activités de la FMS pour marquer le double anniversaire du conteur?
M.T.T.S: Il y aura une grande surprise. Nous allons sortir un magazine hors-série dans lequel serons publiées des oeuvres de Maurice connues, inconnues, mal connues; et des textes écrits par ses admirateurs. Nous allons aussi organiser des conférences, des représentations théâtrales et une messe d'action de grâces le 24 mai.
L.N: Parlons de la Fondation Maurice Sixto que vous avez vous-même fondée. C'était quand et dans quel objectif ?
M.T.T.S: Je l'ai fondée en 2001. Je crois que l'inspiration m'est venue de l'au-delà. C'est Maurice qui m'a inspiré. Parce que, vivant aux Etats-Unis, son désir le plus fort, c'était de retourner en Haïti. Quand il se déplaçait de Philadelphie à New-York, il marchait toujours avec son passeport dans l'idée de faire le saut vers Haïti. Mais cela n'a pas eu lieu. Avant l'heure n'est pas l'heure, après l'heure n'est plus l'heure. Alors j'ai pris en charge de le faire revenir au pays qui le faisait le plus plaisir et qu'il a adoré jusqu'à sa mort.
L.N: Mais comment avez-vous procédé pour le faire revenir au pays ?
M.T.T.S: Pour le faire rentrer, j'ai appelé ma nièce Gertrude Séjour, et je lui ai fait part de mon intention. Je lui ai dit : « Après avoir passé 33 ans à l'Education nationale de Philadelphie, je vais prendre ma retraite en Europe. Je ne veux pas laisser les pièces de Maurice. Je ne veux pas laisser Maurice seul à la maison, je te le confie.» Confier Sixto à Gertrude Séjour, c'était lui confier presque tout ce que Maurice possédait. C'est ainsi que la plupart des pièces de Sixto sont arrivées en Haïti. Mais il en reste encore aux Etats Unis, dont la Villa Léa Kokoyé qu'on ne peut pas transporter en Haïti. La Fondation Maurice Sixto a pris naissance, et dès le départ, elle a suscité un grand engouement au niveau de la jeunesse.
L.N: A part madame Séjour dont vous avez cité le nom, quels sont les autres personnes qui gèrent la Fondation Maurice Sixto?
M.T.T.S: Le staff est composé de : Maurice Prospère, Zachary Maurin, Calixte Clairismé, Sandra Jean-Gilles, Gertrude Séjour, Jacques Fatal Piard. Je leur fait une entière confiance, et leurs décisions sont toujours ratifiées par moi. Je dis un grand merci à cette équipe. Et je ne m'arrêterai jamais de la remercier.
L.N: A part la Fondation Maurice Sixto que vous avez créee, est-ce qu'il y a d'autres institutions qui pérennisent l'oeuvre de Sixto ?
M.T.T.S: Avant la Fondation, il y avait le Foyer Maurice Sixto fondé par le père Miguel. Ce dernier est un autre admirateur de Sixto.
L.N: Vous avez mis sur pied la Fondation Maurice Sixto, est-ce une façon pour vous d'empêcher que son oeuvre soit jetée aux oubliettes?
M.T.T.S: Oh non ! Je n'ai pas ce souci, puisque lui, dans ses oeuvres, il s'exprime d'une façon telle qu'il n'y a pas de place pour moi. Il a tout forgé dans sa tête, et pour lui-même. Même les personnages, il les a connus avant moi. Comme je soutiens la fondation, je ne peux que le soutenir aussi. L'oeuvre de Sixto peut vivre de par elle-même. Des fois on me demande dans quelle mesure j'ai aidé Maurice dans son oeuvre. Je dis : « Il y a le soutien moral, il y a le soutien physique, et le soutien tout court. Moi, j'étais avec Maurice, j'étais sa force, j'étais ses yeux. C'est tout. »
L.N: Comment l'oeuvre de Sixto continue-t-elle à vivre dans la diaspora ?
M.T.T.S: Sixto est apparu très tard dans la littérature et il s'y est fixé. C'est tout ce que je peux dire.
L.N: Est-ce que vous pouvez camper pour nous maintenant le personnage ?
M.T.T.S: Maurice Sixto est né aux Gonaïves le 23 mai 1919 de Maria Bourand et d'Alfredo Sixto. Il a commencé ses études classiques dans sa ville natale, avant d'entrer à Port-au-Prince pour les poursuivre à Saint-Louis de Gonzague. Déjà, à l'école il faisait rire. Il vivait sans problème jusqu'à la mort de sa mère. C'est un coup dur qui a marqué toute sa vie. Le mariage de son père avec une jeune fille qui avait presque le même âge que lui l'a révolté aussi. Il est entré à l'école militaire. Plus tard, il a laissé l'école militaire et est devenu professeur, guide touristique, etc. En dépit du fait qu'il avait toutes ces cordes à son arc, Maurice a connu des situations financières très difficiles en Haïti. Il m'a toujours raconté que c'est parce qu'il marchait avec des semelles percées en Haïti qu'il avait décidé d'immigrer en Afrique. Mais il avait bon coeur. Il se penchait sur toutes les petites misères, comme sur les grandes.
L.N: Parlez-nous de votre rencontre avec Sixto.
M.T.T.S: C'est plutôt personnel. Comme Maurice, j'ai perdu ma mère très tôt. Mon père médecin était pris par son travail médical et les jeunes femmes qui le convoitaient. J'ai grandi vite, je me suis mariée très jeune. Et ce n'était pas ce qu'il fallait. Et, me rappelant que mon père m'avait dit un jour : « quand une vie ne vous plaît pas, vous la changez », j'ai du refaire ma vie. J'ai eu deux époux avant Maurice Sixto. Il ne m'a pas choisie, je l'ai choisi (rires !).
L.N: Qu'est-ce que votre présence a apporté dans sa vie d'artiste?
M.T.T.S: Tout. Tout. Tout. Ca a d'abord donné à Maurice Sixto confiance en lui. Etre accablé d'une cécité, ça ne vous grandit pas, au contraire, ça vous affaiblit. Mais chez Maurice, ça a développé doublement tous les autres sens aux dépens de sa cécité.
L.N: Est-ce qu'on doit comprendre que toute l'oeuvre de Sixto a été conçue pendant qu'il vivait avec vous ?
M.T.T.S: Oui. J'étais la cheville ouvrière de tout.
L.N: On doit vous remercier d'avoir aidé à l'épanouissement du conteur.
M.T.T.S: J'en suis fière.
L.N: Comment concevait-il ses contes ?
M.T.T.S: Il avait sa cassette. Dans la solitude, il se mettait devant son magnétophone, et l'histoire venait spontanément. J'imagine qu'à chaque fois que Sixto créait un conte, il sortait du milieu qui l'entourait pour retourner en Haïti. Maurice Sixto a laissé le pays et c'est en Afrique qu'il a commencé à créer ses contes. Mais à les écouter, on sent qu'Haïti habitait Sixto, même quand, lui, il n'habitait plus en Haïti. C'était dans son intérieur. Il charriait le pays avec lui. Il n'a jamais fait des nouvelles sur Haïti, il n'avait aucun contact avec le pays.
L.N: Quelle est l'oeuvre de Sixto qui vous marque le plus ?
M.T.T.S: mC'est Léa KoKoyé. C'est ce conte qu'on avait conçu ensemble. D'ailleurs ma villa aux Etats-Unis s'appelle « Villa Léa Kocoyé »
Bien-Cher Louis-Pierre
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Source: lenouvelliste.com
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