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« L'auteur de Ti Sentaniz est mort d'une crise cardiaque » PDF Imprimer Envoyer
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Presse - Presse
Écrit par fondationmauricesixto.org   
Dimanche, 11 Avril 2010 13:24

Au moment où tout est à remettre en question pour retrouver l'identité haïtienne, nous avons eu l'opportunité de rencontrer madame Gertrude Séjour, directrice de la Fondation Maurice Sixto. Elle vient de faire sortir une brochure de textes et de photos sur le plus célèbre « audienceur » contemporain haïtien. Elle nous parle du parcours de Maurice Sixto, des oeuvres de ce dernier, des circonstances de sa mort. Maurice Sixto, le maître du nationalisme culturel haïtien, est présenté comme une homme qui a lutté jusqu'au bout pour le changement des mentalités dans son pays.

Haïti: L.N.: Madame Gertrude Séjour vous êtes la principale dépositaire des oeuvres de Maurice Sixto et responsable de la Fondation qui porte le nom du célèbre « audienceur » haïtien. Pouvez-vous nous donner une idée de la quantité des oeuvres laissées par l'artiste ?

Gertrude Séjour (G.S.) : Je remercie Le Nouvelliste pour cette invitation. J'en profite pour parler des oeuvres de Maurice Sixto. En lisant "La Condition humaine" d'André Malraux, arrivé à la dernière page, il ne voyait plus rien. Il a compris qu'il avait perdu la vue. Il souffrait de maladie oculaire depuis l'âge de 18 ans. Il souffrait de glaucome qui ne pardonne pas, d'après ce qu'il disait. Une phrase avait retenu son attention : « Il faut se défendre contre les absurdités de la vie. Il faut se défendre en créant ». Le lendemain, Léa Kokoyé était née suivi d'autres oeuvres : Ti Sentaniz, Mèt Zabèlbok, Gwo Moso, ect. Il a affirmé que tout était déjà dans le tiroir de sa mémoire. Il a tiré dans le quotidien haïtien. Il a en tout créé: 49 textes dont certains sont déjà publiés dans les huit CD en circulation. Il a d'autres textes à venir comme « La fortune politique d'Elie Lescot », « La fortune politique de Dumarsais Estimé », « La diplomatie se meurent et les ambassadeurs ont peur ». Dans ce dernier texte, il parle d'ambassadeurs haïtiens et étrangers. J'ai l'intention de publier un CD avec des textes uniquement français.

L.N. : Ces textes sont enregistrés avec sa voix ?

G.S. : Maurice a des textes qui ne sont pas enregistrés sur bande sonore tels que Vingt ans de progrès, un texte sur Martin Luther King, des poèmes.

L.N. : Vous venez de faire paraître une brochure accompagnée d'un CD sur Maurice Sixto. Cela entre dans quelle perspective ?

G. S. : Nous avons voulu séparer les textes français des textes créoles. Nous voulons partager avec tout le monde les écrits des gens qui ont connu Maurice Sixto.

L.N. : Cette brochure est illustrée des photos inédites de Maurice Sixto. Parlez-nous en.

G.S. : J'ai voulu partager avec tous les haïtiens et les étrangers certaines photos de Maurice Sixto qui sont restées, jusqu'à date, inédites. Il y des gens qui l'entendent mais qui ne le connaissent pas physiquement. Il avait beaucoup d'amis : la famille Kennedy, Alex Aley Junior, l'auteur du film Roots, le maire Rizzo qui remettait à Maurice, en 1976, la cloche représentant la liberté aux Etats-Unis d'Amérique.

L.N. : Dans ces photos on voit un Maurice Sixto très bon vivant, sociable, le sourire aux lèvres, ce qui semble ne pas correspondre aux images des derniers moments de sa vie durant lesquels il aurait vécu en solitaire jusqu'à sa mort.

G.S. : Maurice n'a pas vécu en solitaire, comme on veut le faire croire. Depuis l'Afrique, il a rencontré Marie Thérèse Torchon qui avait été « envoyée par René St Louis à Sixto comme une lettre », selon les termes de madame Sixto. Ils ont vécu non séparés. Maurice n'était pas un solitaire. Il était bon cuisinier. Le jour de sa mort, il avait assaisonné un filet de boeuf pour sa femme à l'occasion de la fête des mères, le lendemain.

L.N. : On pense qu'il est mort seul et que toute la maison en Philadelphie aurait pris feu.

G.S. : Ce n'est pas vrai. La femme de Maurice remarquait qu'il se brûlait en allumant sa cigarette. Elle aussi a cessé de fumer pour permettre à Maurice d'arrêter la cigarette. Maurice a fait acheter des cigarettes en cachette, par une voisine. En allumant sa cigarette, l'allumette est tombée sur lui et le bas de son pyjama a pris feu. Il a eu le temps d'appeler le docteur Gérome. Il est mort à la suite de ses brûlures, à l'hôpital Albert Einstein, à Philadelphie. On a dit que c'était Jean Claude Duvalier qui serait derrière cette affaire. Ce n'est pas vrai. Selon moi, Maurice est mort d'une crise cardiaque.

L.N. : Comment avez-vous pu faire pour récupérer les biens à l'extérieur de Maurice Sixto ?

G.S. : Marie Thérèse Torchon, sa femme, savait la complicité existant entre Maucice et moi. Elle m'a fait rentrer aux Etats-Unis. On a été chez le notaire et ensuite au Consulat d'Haïti pour me nommer dépositaire des oeuvres et des artefacts de Maurice Sixto.

L.N. : Qu'est devenue la maison ?

G.S. : La Villa Lea Kokoye, où Maurice a vécu toute sa vie, est aujourd'hui un vrai musée. Maurice disait toujours : Je suis né aux Gonaïves où Haïti a pris son indépendance, et j'ai vécu dans la ville où les Etats-Unis ont pris la leur.

L.N. : L'image de grand blagueur est collée à Sixto. Il nous semble aussi qu'il maîtrisait l'histoire des peuples.

G.S. : Une phrase de Tiga, Jean Claude Garoute, dit : Bouch Maurice Sixto se listwa. En plus, il n'était pas blagueur. Il savait comment raconter pour changer. Il nous parlait des faits vécus pour nous porter à changer de comportement et avoir un autre pays où il fait bon vivre.

L.N. : Quand a-t-il laissé Haïti ?

G.S. : Il a laissé Haïti en 1962 avec le premier contingent de professeurs haïtiens qui partaient pour l'Afrique sous l'égide de L'Unesco. Il a enseigné le français, l'anglais,le latin et les sciences sociales au Congo. Il disait que les belges étaient partis sans former un seul professeur. Il fallait les remplacer. Il est resté 9 ans au Congo. Penché sur son balcon, il ne voyait passer, disait-il, que des haïtiens. Il pouvait facilement mettre un nom sur chaque visage. Déjà, il emmagasinait des histoires. Cela depuis Saint Louis de Gonzague où il a fait toutes ses études. Il montrait déjà ses talents de conteur. Il a repris mot pour mot un discours du président Vincent qui était passé à St Louis.

L.N. : Vous avez cité des oeuvres très peu connues de Sixto : « La fortune politique d'Elie Lescot » et « La fortune politique de Dumarsais Estimé . » C'est satyrique ou historique ?

G.S. : Ce sont des textes historiques. Il fait passer des messages. Ils parlent de ces présidents. Quand la Fondation aura les moyens, elle les fera sortir et tout le monde sera édifié.

L.N. : Qu'avez-vous entrepris depuis la création de la Fondation en mai 2004 ?

G.S. : La Fondation a entrepris bon nombre d'activités à partir de ses moyens. La compagnie Voilà a bien voulu aider à éditer le CD qui est en vente actuellement, sans compter d'autres initiatives. Plan Haïti, World Vision, Sogebank et d'autres supportent toujours les activités culturelles de promotion de la Fondation. Il faut mentionner aussi Caribinter. L'Unesco a supporté l'édition de la brochure actuellement en circulation. Nous avons initié Le Mois Créole en Haïti qui est à sa quatrième édition.

L.N. : Avez-vous un projet plus vaste autour de Maurice Sixto ?

G.S. : Mai 2009 ramène un double anniversaire : 25 ans de sa mort et ses 90 ans. FLASCO de St Domingue a permis à la soutenir deux étudiants des sciences humaines dans la préparation de leurs thèses de mémoire. La Fondation, dès janvier de l'année, compte organiser une pléiade d'acticités dont la plus grande sera en mai 2009 : une conférence internationale au Caribe Convention Center en partenariat avec la Fondation Restavèk de Jean Robert Cadet sur la problématique de la domesticité en Haïti. On a aussi Ti Sentaniz sortira sur bande dessinée à partir d'avril 2009. On demandera aux conférenciers de traiter des thèmes tels : l'esthétique dans les oeuvres de Maurice Sixto, la Femme, les Droits de l'Homme et de l'Enfant.

L.N. : Vous êtes aussi une grande promotrice de chants. Tout le succès de Ti Fane semble venir de vous.

G.S. : Je fais la promotion de ce qui est bon, qui peut changer, améliorer un état de fait. Maurice Sixto travaillait pour un changement social.

L.N. : Etait-il un grand nationaliste ?

G.S. : Très nationaliste. C'est par amour pour le pays qu'il a rapporté tout ce qu'il a vu et entendu.


Propos recueillis par Pierre Clitandre

Source: lenouvelliste.com


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