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Ce jour là, autour de 4h00 pm, nous commençons des échanges via skype, ma cheffe Mariecke et moi, elle, étant à Managua, au Nicaragua. A 4h30 arrive Matias, mon petit-fils, qui revient de l’école. Tous les après-midi il me rejoint à cette heure et nous allons ensemble chercher Guy – mon compagnon - pour rentrer à la maison. Je lui passe du papier et un stylo pour qu’il s’occupe. Il s’amuse de voir Mariecke sur l’écran de mon ordinateur et la salue de la main ; puis il s’assied devant l’autre bureau, en face de moi, pour dessiner. Le téléphone sonne ; Guy me rappelle que je suis en retard ; je lui dis que je termine bientôt mon entrevue. J’ai à peine déposé le téléphone que l’édifice se met à trembler. J’ai le temps de dire à Mariecke « terremoto » (tremblement de terre en espagnol) et je dis à Matias « sous la table, vite », ce que lui et moi faisons ensemble.
- Matias, ca va ? tu es bien ? - Oui (J’ai compris après que j’avais perdu connaissance au moment du choc, tout de suite après être rentrée sous le bureau). La terre tremble. Je m’inspecte. Je suis couchée sur le coté droit, mon bras droit maintenu au sol par une poutre de bois. Le bras gauche peut bouger un peu ; je touche l’avant bras droit ; il est tout effiloché, gluant ; au sol un liquide épais, gluant et chaud ; je m’enlève le casque skype, mes lunettes, mon collier. Autant éviter les complications. Je sens que je suis embarquée dans une situation pleine de dangers. La terre tremble. - Grand-mère, nous allons mourir ? - … Peut être ; mais je vais tout faire pour que ca n’arrive pas. - Je demande pardon à tous ceux à qui j’ai fait mal, par la pensée ou dans les faits. - Ca va aller. Nous allons nous en sortir. Je vérifie avec lui que son corps à lui n’est ni blessé ni bloqué ; seul son bras gauche est attrapé sous mon bras droit cloué au sol. En plusieurs fois je lui demande – puis lui ordonne - de tirer fort pour dégager son bras. Si je dois mourir, au moins que lui en échappe ; il essaye mais il a mal et y renonce.
J’entends des voix ; un collègue est attrapé et blessé, au rez-de-chaussée de l’édifice qui s’est effondré, continue de s’enfoncer, car la terre n’arrête pas de trembler. Je me mets à crier pour avertir les autres que je suis moi aussi sous les décombres. Ils me demandent de patienter, de conserver mon énergie, en attendant qu’ils puissent venir à mon secours. Je ne sais pas combien de temps je pourrai attendre ; avec chaque secousse, augmente la pression sur mon thorax. Après de longs efforts, Abdonnel est extrait des décombres par les collègues qui l’emmènent. Nous sommes seuls, Matias et moi. Plus aucune voix ne m’arrive. Je décide de crier, sans arrêt, pour le cas ou passeraient des gens …
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