La société haïtienne connaît une mutation importante qui exige de repenser nos pratiques et la nature même de nos services si nous voulons nous inscrire dans une perspective de développement social. Celle-ci s’accompagne d’une vaste et inquiétante anomalie : la détérioration généralisée sur les plans physique, social, institutionnel, et psychologique. Mais plus expressive encore est notre dérision à travers notre mimétisme des régimes politiques.
Ces différents changements s’opèrent à trois niveaux : démographique, économique et dans les rapports sociaux. Les données démographiques brutes nous confirment une nette accélération de la natalité. On assiste à une juvénilisation de la population haïtienne. La nouvelle migration interne ne fait que déplacer le problème en facilitant la création de nouvelles poches de concentration.
Sur le plan économique, certains groupes évidemment sont plus particulièrement touchés par ces transformations. Il s’agit de femmes, toutes catégories confondues et d’enfants. Les indicateurs économiques sont au rouge. Le chômage devient la norme de l’activité économique. L’informel gagne en importance et échappe par la même occasion à tout contrôle. Divers phénomènes accompagnent cette instabilité économique. L’inoccupation, la modification de l’ampleur des postes de consultation se développent de plus en plus, créant une insécurité manifeste. Les changements technologiques y sont pour beaucoup.
Pendant longtemps notre société a pu s’appuyer sur l’Eglise pour dicter les valeurs, les normes de conduite, offrir un encadrement et des idéaux basés sur une vision sociale et religieuse de l’homme. Mais depuis deux décennies, sous l’influence de l’information, de l’urbanisation, du développement scientifique, les valeurs traditionnelles et culturelles ont été remises en cause ainsi que les règles de changement. Les rapports sociaux se sont modifiés de façon intéressante. Pensons à l’évolution de la famille, à la définition des rôles homme / femme, au rôle des gouvernements. Le mouvement communautaire s’intensifie en donnant lieu parallèlement à des utilisations tendancieuses du capital communautaire. De nombreux problèmes sociaux sont d’actualité. Le problème des femmes malgré quelques améliorations se retrouvent toujours en situation de précarité, accentuée par la violence sexuelle et domestique, la délinquance juvénile, la domesticité, le problème des adultes mis à l’écart à cause des nouvelles technologies, les mésadaptés, les personnes à besoins spéciaux, les itinérants, les maladies sexuellement transmissibles telle le Sida etc. De tout ceci découle le problème d’une société à la recherche de valeurs stables, d’identité authentique.
Les transformations que connaît notre société tant au plan de son profil démographique et de sa structure économique, qu’au plan de sa structure sociale, ne sont pas le fruit du hasard. Elles répondent à des besoins, à des aspirations à une recherche de mieux-être de la part de la personne humaine et de la collectivité, à une recherche d’un nouvel équilibre dans le cadre d’un cheminement dynamique. Ces transformations portent en elles leurs bienfaits mais elles sont aussi source de tensions, de difficultés et de problèmes, particulièrement pour certaines personnes, pour certains groupes, pour notre culture et pour certaines communautés.
- CADRE DE REFERENCE DE LA FONDATION
Le savoir scientifique a comme caractéristique première, l’universalité de son application spécifique. Cependant, ses énoncés sont généraux et portent sur une réalité qui est la chose en elle-même et non sa représentation. Il est quantitatif et s’appuie sur des mesures qui sont construites (instruments) à propos d’un nombre réduit de paramètres isolés entre lesquels il établit des relations de causalité afin d’expliquer la réalité en la modelant. Ce qui est mal compris s’oublie facilement. La nécessité de contrôler la durabilité des acquis opératoires s’explique alors par l’exigence de s’assurer que ce qui a été appris a été aussi compris.
Il ressort d’emblée que si nous parlons d’un savoir en biologie, d’un savoir en psychologie, d’un savoir en sociologie, nous faisons référence à des savoirs particuliers, lesquels deviennent un espace de méta connaissance servant de guide dans la conception de l’univers de l’être humain comme individu face à son vécu, son environnement, ses différents héritages (génétique, social et psychique) et enfin de l’action institutionnelle et professionnelle.
Toutefois, l’ordre pratique est justifiable d’un savoir, d’une scientificité comparable au savoir et à la scientificité de l’ordre théorique. Le savoir-faire est nécessaire dans chacun des principaux champs d’intervention; observation, évaluation diagnostique, planification et mise en marche des interventions évaluations de ces dernières. Il faut surtout développer un savoir faire dynamique, en mettant au point des méthodes de recherche. Ces actions permettront de faire avancer les interventions dans tous les domaines. Par l’étude de différent type d’opération avec les intervenants/tes qui les pratiquent dans leur contexte socioprofessionnel.
Dans la perspective d’un ajustement continu de la pratique professionnelle et des actions institutionnelles avec le milieu d’intervention, l’équipe de coordination de la FMAS doit être dynamique et ouvert à d’autres formes de savoirs-faire. En fonction des changements importants qui s’opèrent dans notre société, l’efficacité des actions sociales et institutionnelles va dépendre inéluctablement de la qualité des connaissances acquises et produites de manière endogène à la rigueur scientifique et méthodologique des intervenants (tes).
C’est l’investissement dans la connaissance pratique qui peut permettre à la Fondation d’accroître sa propre maîtrise des réalités parce qu’elle procure une compréhension plus approfondie, qu’elle lui permet une mise en perspective tout à fait adaptée au contexte actuel, lui fournissant ainsi des moyens de se comprendre comme acteur produit par des représentations agissantes.
Néanmoins, les mécanismes opérationnels de la connaissance pratique, génératrice de capacité institutionnelle, restent à trouver ou à construire, difficulté renforcée par les restrictions budgétaires, les effets pervers, la sous qualification du personnel et son caractère insuffisant. Cependant un pas est franchi dans la reconnaissance de cette priorité et tous nos efforts vont se conjuguer à ce niveau pour assurer graduellement une action d’intervention repensée et adaptée à nos réalités sociale, économique, culturelle et voire historique.
Ce site a été conçu et réalisé par: Daniel Pierre
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