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La Fondation Maurice A Sixto (FMAS) continue son vaste mouvement de sensibilisation sur le système « Restavèk » en Haïti. Après avoir sensibilisé des centaines de gens à Port-au-Prince (Ouest), -où le travail est loin d’être terminé-, et à la Vallée de Jacmel (Sud-est), la Fondation s’est rendue à Petit-Goâve, le dimanche 15 août dernier, à l’occasion de la fête Patronale. Elle a rencontré, entr’ autres, des personnes logées dans deux camps de fortune de la ville, ainsi que des membres de leurs comités respectives.
« Sensibiliser autour du phénomène « Restavèk » n’est pas un jeu, et si vous êtes là avec nous, à cette conférence, vous devez vous engager dans cette lutte qui sera longue et difficile, mais bénéfique pour Haïti à l’ère de sa reconstruction », a défendu l’officière de terrain de la Fondation Gerda L. Morin en guise d’introduction. Elle a ensuite procédé à une présentation sommaire de la FMAS et de la Pan American Development Foundation (PADF), ainsi que des mission, objectif et sphère d’activité de ces deux institutions.
Cet appel lancé par Mme Morin, dès le départ, a semblé atteindre les participants qui en ont témoigné en posant des questions sur un possible rassemblement des forces pour pallier au problème, ce qui a débouché sur des réflexions profondes sur la situation des enfants « Restavèk » avant et après le séisme. Une femme de Petit-Goâve a pris la parole en premier pour soutenir l’idée selon laquelle il n’existerait plus de Restavèk dans cette ville. Mais par la suite, presque tout le monde, majoritairement des femmes, s’est entendu sur le fait que le sort des enfants s’est aggravé en ce sens après le 12 janvier, d’où la nécessité de redoubler les efforts.
Pour mieux se pencher sur ce problème endémique en vue de l’éradiquer, la Coordonnatrice Générale de la FMAS, Gertrude C. Séjour, a jugé important d’identifier les différentes causes du système Restavèk. En premier lieu vient, bien entendu, la pauvreté : « les parents ne pouvant pas ou plus subvenir aux besoins les plus élémentaires de leurs progénitures, se disent obligés de les envoyer chez un membre de leur famille ou non afin d’aboutir à une soi-disant amélioration de vie », a argué Mme Séjour, conseillant alors aux Petit-Goâviens de garder leurs enfants si leur bien-être n’est pas assuré chez la famille d’accueil.
Ensuite, l’absence de structure, d’infrastructure et de superstructure pousse les paysans à s’orienter vers la Capitale (Port-au-Prince) où tout est concentré, -bien qu’elle laisse aussi à désirer-, de façon à pouvoir accéder, entr’ autres, à l’électricité, aux soins de santé, à l’école, bref, à un mieux être à tous les points de vue. Pourtant, dans la majeure partie des cas, ces pèlerins se heurtent plutôt à un iceberg.
En plus de l’incapacité économique et le désir de bien-être, le manque d’éducation joue un rôle tout aussi important dans la progression du phénomène de la domesticité en Haïti. « Les femmes ont pour devoir de contrôler leur pouvoir de procréer, ce qui est lié à ce qu’on appelle planning familial. L’éducation sexuelle des jeunes doit constituer une priorité au sein des familles et dans les écoles dans l’objectif de diminuer le taux de grossesse précoce. Et enfin, il faut s’occuper du problème de violence sexuelle faite aux filles et aux femmes. Il y a quelques semaines, cinq cas de grossesse précoce ont été identifiés après une enquête menée à Petit-Goâve. Ces jeunes filles sont âgées entre 14 et 16 ans.
Une vague d’interrogations a fait suite à l’exposé de Mme Séjour. Des femmes se sont même demandées si l’Etat haïtien ne dit jamais rien sur le sujet. Ainsi, l’éducatrice de la FMAS, Cherly Régiste, a alors fait état des conventions internationales signées par la République d’Haïti mais qui ne sont pas appliquées dans la réalité, comme celle relative aux droits de l’enfant signée le 20 novembre 1989 par plus de 190 Etats dont Haïti qui l’a ratifiée 5 ans plus tard, soit en 1994. Mme Régiste a également présenté les lois haïtiennes liées au respect des droits humains qui sont elles aussi non-opérationnelles. « Les problèmes sont nombreux, mais on peut se constituer en faisceau et élever nos voix pour que les autorités puissent nous entendre et agir en la sorte », a ajouté plus loin l’éducatrice.
C’est ainsi que Françoise Zéphirin, une Petit-Goâvienne, s’est mise debout et a demandé la parole en pointant du doigt. L’air abattu, elle salue l’auditoire et enchaine en contredisant la femme qui a affirmé au début de la conférence que le problème de la domesticité était résolu en Haïti. « Moi, j’ai été restavèk pendant une bonne partie de ma vie. Je suis parmi ceux et celles qui l’ont été toute leur enfance », a-t-elle révélé. Elle poursuit pour dire que les travaux qu’elle a été contrainte d’exécuter quotidiennement étaient martyrisant alors qu’aller à l’école n’a jamais été dans son agenda. Battue et humiliée, elle dormait sur des chaises et n’avait pas le droit de regarder la télévision, ni de se présenter à table comme tout le monde pour manger aux bons plats qu’elle préparait et dont elle avait le secret.
Aujourd’hui cette femme de 32 ans a cinq enfants et a juré de ne pas les envoyer en domesticité et ce, malgré les difficultés financières auxquelles elle fait face tous les jours. « Merci de m’avoir permis de dire ce que j’avais sur le cœur, au moins cela me soulage bien que je n’oublierai jamais cette dame qui m’a fait vivre le pire », a-t-elle conclu. Plusieurs autres témoignages d’hommes et de femmes victimes ou témoins de violence faite aux enfants ont occupé une partie importante de la conférence.
« Combien d’entre vous ont à la maison une « Ti Sentaniz » (Héroïne de la pièce du même nom du conteur Haïtien Maurice A Sixto relatant une mordante réalité de domestique qu’a connue l’auteur) ? », a interrogé le travailleur social de la FMAS Jean Jude Auguste. Après quelques secondes de silence, une femme a fini par avouer qu’elle en avait une chez elle. « Je ne la considère pas comme un « restavèk » mais comme quelqu’un qui m’aide à accomplir mes tâches à la maison comme mes enfants le font aussi. D’ailleurs je les envois tous à l’école », a-t-elle précisé.
Des journalistes de divers médias (Le Nouvelliste, Haïti en marche, Tropic FM, Mélodie FM, …) ont non seulement interrogé les conférenciers quant au programme de sensibilisation, mais également les participants en ce qui concerne leur attente face au problème de domesticité. Ces derniers, à part leur souhait de continuité du mouvement de sensibilisation de ville en ville à travers le pays, ont proposé à la FMAS de mettre sur pieds une émission radiophonique où ils pourront trouver un espace pour s’exprimer. En guise de réponse, Mme Séjour a ajouté que le projet est déjà en cours, et que très bientôt ils pourront trouver cet espace sur une Radio privée de la Capitale.
Le débat sur le système à Petit-Goâve a duré à lui seul près de deux heures, au lieu d’une heure selon le programme, tant les interrogations ont été au rendez-vous puisque le phénomène ne cesse de s’empirer. En effet, selon des chiffres publiés par Amnesty International en 1998, on comptait 300 000 restavèk dans la Première République Noire du monde. Onze ans plus tard, cette estimation a atteint la barre de 400 000.
Il convient de noter que les activités en question se réalisent dans le cadre d’un mouvement national de sensibilisation sur la problématique de la domesticité infantile initié par la FMAS sous l’égide du grand projet « Kore dwa moun » de la PADF qui est financé par la USAID. Le mouvement s’est étendu dans un premier temps dans les camps de fortune de Pétion-Ville et dans plusieurs écoles. La FMAS sensibilise également à travers les églises, peu importe leur dénomination. Enfin de compte, la Fondation souhaite initier un tel mouvement au cœur de toute initiative visant la reconstruction d’une nouvelle Haïti.
Léopold Ciné Fondation Maurice A Sixto.
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