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Le texte de Lemkey DORCENT qui lui a valu le premier prix du concours littéraire de « Ti Sentaniz en 2050 » organisé par la Fondation Maurice A Sixto (FMAS) PDF Imprimer Envoyer
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Culture - Art
Écrit par Leopold Cine   
Vendredi, 04 Mars 2011 00:43

« Quelle femme sera Ti Saintanise en 2050 si rien n'est fait pour changer le système "restavek"? »

"Tout est à reconstruire et je veux en être”. Cette citation, de Jean Marie de la Mennais, prononcée il y a plus de deux cents ans, pourrait être le cri de tous les "restavèk" d'Haïti. Chez nous, il existe un cas flagrant de maltraitance infantile, communément appelé "restavèk". Ti Saintanise, personnage crée par Maurice Sixto en 1976, est la figure emblématique qui représente toute cette kyrielle d'enfants de la société haïtienne dont les conditions de travail s'assimilent à l'esclavage. Malgré les efforts de l'Etat haïtien et l'appui de certaines organisations de défense des droits humains, ils sont nombreux à être victimes d'abus de toutes sortes. Qu’adviendra t-il de l'avenir de Ti Saintanise: "si rien n'est fait pour changer le système restavèk ? "Que devons nous faire pour déraciner toutes sortes de discriminations dans notre société ? Dans les quelques lignes qui vont suivre nous dégagerons nos points de vue sur la domesticité, et essayerons d'apporter des solutions concrètes, efficaces en vue d’une plus grande sensibilisation de la population.

Maurice Sixto en écrivant Ti Saintanise, caressait le rêve d'une société caractérisée par l'inclusion, l'éducation pour tous, le respect des droits de l'enfant et de la dignité humaine..., il ne voulait pas seulement amuser son auditoire, il souhaitait surtout faire passer un message, à savoir sensibiliser la population sur la problématique des enfants en domesticité. Son rêve, c'était de voir les progénitures de Dieudonne et de Charitable, Ti Saintanise surtout, égales en droits avec Chantoutou et Robert. Plus de vingt ans après sa disparition, notre société patauge encore dans la médiocrité. Nous sommes dans un état de déliquescence. Selon les estimations officielles, plus de 250.000 enfants, en majorité des petites filles, sont en domesticité. Pourquoi sont-ils si nombreux? Agissons vite avant qu'il ne soit trop tard, prenons conscience et proposons des solutions aux problèmes qui rongent notre société, afin que ne s'aggrave le cas de tous ces enfants éparpillés à travers le pays. Comment pourrons-nous améliorer leur sort?


Les raisons pour lesquelles les familles biologiques placent leurs enfants en domesticité dans des familles d’accueil sont multiples. Tout d'abord, ces familles qui résident le plus souvent en milieu rural sont très pauvres et elles ont en moyenne six à huit enfants par ménage, ce qui représente une charge financière très lourde. Ensuite, les parents sont convaincus que le placement de leurs enfants en domesticité peut être une chance pour eux, un moyen facile de socialisation urbaine, une étape vers une promotion sociale par le biais de nouvelles fréquentations. La famille d'accueil promet oralement de bien traiter et d'envoyer à l'école les enfants en service, ce qui n'est jamais fait ou sinon ce qui est fait rarement. Parfois, les familles hôtes sont de faible moyen. En réalité, les enfants "restavèk" permettent à des familles de conditions moyennes qui n'ont pas les possibilités d'employer un serviteur rémunéré, de faire face à l'ensemble des tâches ménagères de leur foyer. Il serait tentant de croire qu'elles perpétuent les pratiques de la période de l'esclavage. Comme si la dialectique du maître et de l'esclave a traversé les générations et habite encore l'inconscient collectif des haïtiens. Ainsi la pauvreté de nos villes exploite la misère de nos campagnes.

Très souvent, nous sommes aveugles sur le sort des enfants qui sont en domesticité dans notre propre maison. À nos yeux, Ils sont considérés comme des marginaux, des rejets de la société, dénués de toute notion de dignité. Nous refusons catégoriquement de toucher la plaie du doigt, nous ne nous rendons pas compte du mal que fait le système "restavèk" à notre pays. Nous ne devons pas rester les bras croisés, il ne suffit pas d'éprouver de la compassion pour eux, aussi il faut éviter de dire que nous ne pouvons rien faire, tant s'en faut, nous devons nécessairement répondre à cet appel au réveil. Quelles que soient les raisons couramment avancées pour comprendre les fondements de la domesticité des enfants, rien ne saurait justifier une telle pratique, aussi massive et contraire aux droits de l'enfant. Quels moyens devons-nous mettre en place pour donner à Ti Saintanise, le goût de vivre?

Ti Saintanise, comme tout enfant digne de ce nom, ne doit pas être négligée. Ses droits doivent être respectés, avant tout, elle est une enfant comme les autres. Sa scolarisation est indispensable, et ceci sans heures de différence comparativement aux enfants de son âge. S’il y a un point auquel on doit porter beaucoup plus d’attention, c’est son éducation, car c’est la seule issue pour sortir dans l’impasse où elle se trouve. Il faut penser à lui restituer son enfance, elle ne doit plus regarder jouer les autres, elle doit pouvoir s’amuser follement comme tous les enfants de son âge. Afin que son avenir ne soit pas gâché, il faut penser à lui donner des soutiens sur les plans éducatif, psychologique, moral et affectif. Si dans quarante ans on souhaiterait voir Ti Saintanise comme ambassadrice des enfants en service, dès à présent on doit lui donner la chance de s’exprimer, d’aborder les grandes personnes sans qu’elle ne soit victime de discriminations. Le visage actuel de Ti Saintanise représente l’image de notre chère Haïti: si nous crachons sur sa face, si nous lui lançons des propos malsains, c’est à notre propre patrie que nous faisons du mal. Par quels moyens devons-nous montrer à Ti Saintanise qu’elle a de l’importance à nos yeux ?

De Prime abord, il nous faut une prise de conscience collective devant déboucher sur des actions immédiates et constantes. Ensuite, nous devons utiliser des armes puissantes, à savoir la presse et les médias considérés comme le quatrième pouvoir, les institutions scolaires et universitaires, les églises et les péristyles, tout ceci pour une plus grande propagande devant conduire à l'éradication progressive du système "restavèk". Ces institutions auront pour mission de dénoncer ce système malhonnête d'exclusion, de sensibiliser et de former les familles qui vivent dans les milieux pauvres à ne plus placer leurs progénitures en domesticité tout en leur permettant d’accéder au travail et au crédit. Ceci n'empêche que dans quelques cas exceptionnels des parents mettent leurs enfants dans des familles d'accueil qui ne négligeront pas leurs droits, tel est le cas dans quelques rares familles. L'Etat par le biais des Ministères des affaires sociales, de la Justice, à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes, ainsi que la Police Nationale d’Haïti, et les institutions œuvrant dans le domaine du social telles: FMAS, CAD, IBESR, NCHR,..., doivent s'engager à travailler davantage sur le renforcement et l'application des législations relatives aux droits de la femme et de l'enfant. Point besoin de promulguer les lois si l'on refuse de les appliquer. Une bonne législation donnera au gouvernement et à la police des structures nécessaires et protègera les enfants en situation de "restavèk ". L’Etat haïtien doit adopter plusieurs mesures, à savoir un nouveau recensement des enfants en service, ensuite un cadre contraignant de protection des "restavèk " à travers un code de l’enfant et un code de la famille, puis une campagne nationale d’information sur le droit des enfants placés chez des familles d’accueil. De strictes sanctions doivent être envisagées en cas d'inapplication. Les législateurs doivent s'engager dans des actions concrètes en faveur des femmes et des enfants, car le système "restavèk "est une honte, un crime à éradiquer. Un peuple qui prend ses enfants par la main est un peuple qui vivra longtemps.

A l'heure où nous parlons de construction, de reconstruction ou encore de refondation d’Haïti, avant même de concevoir des édifices physiques, il faut d'abord penser à l'édification de la personne humaine, de la mentalité de l'homme haïtien. On aura beau de belles infrastructures qui répondent aux exigences nationales et internationales, de jolies maisons, de grands hôpitaux,..., tout cela ne servirait à rien si la mentalité fissurée, brisée de l'homme haïtien n'est pas reconstruite sur de bonnes bases. L’heure a sonné de finir une fois pour toutes avec cet esclavage moderne que connaît notre société depuis environ deux siècles.

Par conséquent, la lutte contre le système "restavèk" sera longue et même sans fin si rien n'est fait pour un éventuel changement. Elle sera d'autant plus difficile que les conditions de vie des personnes qui résident en milieu rural continuent à se détériorer. Cependant, grâce aux efforts des organisations œuvrant dans le domaine, nous pouvons être sûrs qu’en 2050 Ti Saintanise sera une FEMME cultivée, instruite, moderne et civilisée. Son désir ne sera pas de se venger de ceux, qui à un certain moment, avaient abusé d'elle, mais elle sera là pour encadrer les enfants, et faire respecter leurs droits .Mais alors, à l'heure où Ti Saintanise sera vue dans le "gros livre", qu’adviendra t-il de Léa Kokoye qui aujourd’hui encore ne sait à quel saint se vouer avec ses diplômes ?..


Lemkey DORCENT
Novembre 2010

 


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Mise à jour le Vendredi, 04 Mars 2011 15:33
 
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