





![]() | Aujourd'hui | 486 |
![]() | Hier | 362 |
![]() | Cette Semaine | 486 |
![]() | Semaine dernière | 2527 |
![]() | Ce mois | 2010 |
![]() | Mois dernier | 12049 |
![]() | Tous les jours | 33369 |
| l'anniversaire de Sixto |
|
|
|
| Écrit par Fondation Maurice A. Sixto |
| Vendredi, 04 Juin 2010 19:37 |
|
Ce 23 mai 2010 marque le 91ème anniversaire de l’éminent professeur de littérature, humoriste et conteur haïtien Maurice Alfredo Sixto. Pour ceux qui ne l’ont connu que par ces œuvres, ils se rappellent bien encore de « Sentaniz », » Gwo moso », « Bos chaleran », « lea kokoye »…ect. Oui, Maurice sixto ‘’lodyanseur’’ par excellence pour s’appuyer sur le terme `` lodyans’‘ proposé par Justin Lherisson; raconte bien ! Ses récits, sans effets spéciaux, ni bruitages se tiennent d’eux même par la description du décor, du contexte et de tous les personnages que Sixto interprète lui-même, étant lui aussi « maurice » ou « moy », un des leurs. Les lodyans de Sixto nous détendent ou nous font rire à gorges déployées. Dans ses œuvres, l’on sent bien que rien n’est pris au hasard et que tout concours à donner forme et vie au récit. Sixto ne raconte pas à partir de rien, il écoute, voit, questionne, et rend compte. Un récit de Sixto, c’est l’analyse de toute une société au prisme du verbe et de son humour légendaire servi à la sauce culturelle haïtienne en français ou en créole. Par le talent et l’intelligence que l’on lui reconnait depuis tout jeune, le fils d’Alfredo Sixto et d’Alice De Vastey, dans sa série « choses vus et gens entendus » nous parlent des autres, mais c’est pour s’adresser aussi à nous. En effet, nous contant l’histoire de « Ti Sentaniz », Sixto parle de la situation de plus de 300 000 mille enfants de chez nous…et de modes de vies de nos familles et nos ménages. Ce professeur trop occupé aux choses savantes de son gros livre qui l’empêche de voir la réalité des méfaits du système restavek… c’est peut-être vous ! Ce n’est pas abusé non plus d’avancer que Maurice Sixto à créer un tableau des plus édifiant de la situation de la femme haïtienne (un outil conséquent aux mains de qui est sensible à la question). En effet dans ses œuvres, Maurice dépeint toutes (ou presque toutes) les catégories de femmes de chez nous par rapport à leur situation dans notre société. En exemples ; la vertueuse et responsable léa Kokoyé dont la famille croupi dans la misère ; L’élégante Mirna de classe moyenne, la bien forgée Manzè Sandrine venue prêter main forte à sa commère pour la débarrasser du fameux « Maitre zabèl bok », Sentaniz l’exploitée, madame Jules, la précieuse « LiLi » d’origines bourgeoises …., la femme dans le commerce avec la marchande de médailles et d’images saintes…etc. Maurice dépeint aussi les politiques (…) et nos fastes (J’ai vengé la race…), le vaudou dans la vie des haïtiens. Il trace le clivage économique et le choc culturel entre haïtien d’ici et de l’extérieur (mais haïtien quand même), ce qui passe bien par la randonnée de « Depestre » musicien fan de la musique du Général Oxide Gentil, face à une population qui manque de tout…d’instruction et de pain ! Et « ti agwonom nan » face au paysan haïtien (très édifiants pour nos comportements aujourd’hui face à l’aide extérieure). Nous tous, nous passons à travers les histoires que nous raconte maurice Sixto. Ecoutez ou réécoutez les bien, bas les masques et vous vous entendrez prendre position, vous vous verrez, et comprendrez votre situation.
L’œuvre de Sixto couvre le passé et nous renvoie malheureusement encore à notre présent. Maurice Sixto avait déjà tiré la sonnette d’alarme de son temps pour dire aux responsables qu’il y avait des choses qui n’allaient pas, pour nous dire aussi que nous sommes victimes certes mais tout aussi coupables et responsables de la situation de notre société. 26 ans après le départ de Maurice, il est triste de constater combien les situations décrites dans ses audiences sont d’actualités. En quoi avons-nous avancé sur le plan humain et social !? En quoi avons-nous avancé dans les rapports avec nos frères et sœurs sur ce coin de terre !? Maurice Sixto certainement n’a pas su seulement voulu nous faire rire, mais c’était aussi un engagé pour la cause des femmes, des enfants, des plus faibles, pour l’éducation entre autres ; et il a voulu nous faire prendre conscience de notre situation. Aujourd’hui, s’il nous regarde et nous entends (chose vues et entendues !) d’où il est, il aurait produit encore de plus belles pièces tant nous sommes pitoyables dans le fonctionnement de notre société. Le douze janvier en plus d’avoir fait tant de victimes parmi nous, amené son cortège de dégâts matériels et émotionnels ; nous rappelle les grandes failles et fissures qui minent depuis trop longtemps notre société. Pourtant nous nous sommes refusés de les voir et de les adressés depuis tant d’années… ! Maurice a tenté de nous secouer lui aussi depuis si longtemps, mais en douce, avec les mots, avec le rire, avec ses audiences. Si au moins nous y avions travaillés, nous aurions pu espérer un mieux être. Nous nous étonnons qu’il n’y ait quant à présent sur la place d’armes de Gonaïves, ville où naquit Maurice A. Sixto le 23 mai 1919, une statue du Conteur nous regardant d’en haut sous ses lunettes d’époque, pour nous rappeler que nous sommes observés. Maurice, en plus du caractère exemplaire et singulier de son œuvre, a le mérite d’avoir vu la catastrophe venir de loin et il a voulu attirer notre attention et nous exhorter à faire le nécessaire. Aujourd’hui la situation est critique ; et nous commençons à penser que les paroles de Sixto sont prémonitoires... N’es ce pas lui qui eu à dire : « Il faut vivre pour tout voir et vivre longtemps pour voir le contraire de tout » ». Regardez en vous, chez vous, et autour de vous … Maurice n’a-t-il pas vu juste !? Pour Maurice, pour nous même et nos enfants, que faisons de ce pays pour le rendre un lieu vivable.
Albert Moleon 23 mai 2010
|
| Mise à jour le Vendredi, 04 Juin 2010 20:26 |